La Inconsciencia De Mis Pasos

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La Inconsciencia De Mis Pasos

Wine & Travel

Mariano Genzel

LA INCONSCIENCIA DE MIS PASOS – MENDOZA 

Interview avec Mariano GENZEL,  


Une rubrique à la recherche de trajectoires sincères. Des lieux qui ne brillent pas par hasard, mais par accumulation de choix, d’erreurs, de patience. Après Buenos Aires et l’intimité chaleureuse de Pain et Vin, MOST poursuit son voyage vers l’Ouest argentin, là où la vigne pousse dans un paysage presque irréel, entre désert et montagne. Un air pur, qui, par le simple fait de le respirer, vous fait voyager. La capitale du vin argentin : Mendoza

Mendoza fait partie de ces territoires qui imposent le silence avant même que le vin ne parle. Le temps d’une visite atypique au côté de Mariano Genzel, nous verrons les sensations ressenties tout au long de ce parcours. Ici, l’air est sec, la lumière crue, la montagne omniprésente. La cordillère des Andes ne sert pas de décor : elle dicte le rythme. En arrivant, on comprend rapidement que rien n’est simple. Ni la vigne, ni l’eau, ni le temps. Et peut-être est-ce précisément pour cela que Mendoza produit certains des vins les plus vibrants du continent sud-américain, reconnus mondialement. 

Avec près de 70 % de la production viticole argentine, la région est aujourd’hui un pilier du vignoble national et une référence internationale du « Nouveau Monde ». Mais derrière les chiffres, il y a une réalité plus rude : des sols pauvres et pierreux, des amplitudes thermiques extrêmes, une eau rare acheminée depuis les Andes par des canaux centenaires «  Acequias ». La vigne n’a pas le choix : elle doit lutter, s’enraciner profondément, ralentir. À Mendoza, le vin ne se presse pas. Il se mérite. 

C’est dans ce contexte exigeant qu’émerge une nouvelle génération de vignerons, portée par une ambition collective de faire rayonner le nectar argentin, mais surtout par des trajectoires individuelles fortes. Des parcours qui ne s’écrivent pas en ligne droite. Parmi eux, celui de Mariano Genzel. Au cœur d’une visite intimiste, un regard sur un parcours atypique et passionnant. Une âme qui vous transporte même une fois que l’avez quitté ! 


Un lieu, une rencontre, un changement 


Une soif tel un homme égaré dans un désert surgit dans l’âme de Mariano Genzel. À seulement  26 ans, Mariano s’impose comme l’une des figures les plus singulières de la scène viticole argentine contemporaine. Fondateur et winemaker de « La Inconsciencia de Mis Pasos », il représente une génération qui ne cherche pas à reproduire des modèles existants, mais à construire une identité propre, patiemment, sans compromis. Il incarne à lui seul « le temps », la temporalité pour lui, est une de ses forces, les étapes ne se brulent pas mais doivent impérativement s’analyser.  

Nous sommes face à une personne avec un magnétisme grandissant, il accapare la scène, fait oublier son entourage et nous nous focalisons sur son ton de voix et son regard. Des sensations rares qui se produisent lors de visite singulière. C’est l’art qui surgit en lui et qui lui permet de transmettre de telles émotions, et rendre le moment aussi singulier.  

Son ascension n’a rien d’un conte lisse. Il est aujourd’hui régulièrement cité dans les sélections Best of Argentina 2024 et 2025. Mais avant les médailles, plus de quinze distinctions internationales, et avant la reconnaissance de Tim Atkin, critique de référence, qui classe ses vins parmi les plus remarquables de 2023, révélation 2021. Il y a une réalité beaucoup plus brute. 

« Tomaba mate y no había de qué comer. » 

Il buvait du maté, et il n’y avait rien à manger. Une métaphore qui montre à quel point ses débuts étaient difficile. Aujourd’hui, il est co-propriétaire de la Bodega Ricardo Santos, célèbre pour avoir exporté le premier Malbec hors d’Argentine.  Il est également conseiller et consultant en vin. Plus de 263 000 bouteilles produites à l’années pour six différents projets.  

Mariano n’est pas issu d’une famille de vignerons. Il n’a pas hérité d’un domaine, ni d’un réseau. Le projet nait avec trois barriques, peu de moyens, et une conviction intime : le vin pouvait devenir un langage. Un moyen d’expression capable de traduire un territoire, une émotion, un vécu. Un lien, un nectar qui au fur et à mesure du temps se retrouve disséminé et s’imprègne progressivement dans l’âme d’un nombre croissant de personne. Il voit cela comme une essence permettant de découvrir de nouvelles possibilités en le buvant. Ceux qui par chance y goûtent en deviennent changés car ce n’est pas du vin qu’il produit mais bien un nectar vivant. Sa relation, qu’il qualifie presque de « charnelle », avec le vin se ressent tout au long de la visite.  


L’âme du vin qui ne résulte d’un calcul  


Chez Mariano, la technique est présente, mais jamais dominante. Son approche est profondément sensorielle. Il parle du vin comme d’un organisme vivant. 

« Ce n’est pas la science qui va m’aider. Plonger mon bras dans la cuve me permet de comprendre si la température est juste, si les levures sont trop présentes ou non. » 

Croire en sa production, communiquer, imaginer, avancer, ajuster et arriver à clôturer un premier cycle en embouteillant. Le vin doit se ressentir, se vivre, et non être réduit à une équation chimique. Cette philosophie traverse toute la gamme « La Inconsciencia de Mis Pasos », pensée non pas comme une collection opportuniste, mais comme un ensemble cohérent, où chaque cuvée raconte une étape du parcours. 

La « brutalité » de la production est simplement magique. Nous avons l’impression de vivre le vin, d’entrée dans un nouveau monde de par les nombreuses histoires qu’accompagne cette visite. J’ose espérer que vous puissiez vivre au travers de ces paragraphes cette sensation. Oubliez le classique un ou deux verres ; ici, ce sont cinq ou six nectars inédits qui rythment l'expérience. Une véritable explosion aromatique, pensée pour sublimer la visite et éveiller le palais à des émotions gustatives insoupçonnées.

Des vins qui se ressentent, qui se vivent et qui résonnent. Vous voilà au milieu des barriques, toujours porté par la voix et les histoires de Mariano avec un verre de la lignée « La Inconsciencia de Mis Pasos » le signature Malbec Single Vineyard. A première vue une couleur rouge, pourpre, vive, puis une fois après avoir tournoyer le verre les arômes se dispersent. Des notes de mures, de prunes, de cerises, un jeu de goûts qui vous fait voyager dans ces parcelles uniques et ce soleil qui vous traverse.  

Vignoble la insconsciencia de mis pasos

L’objectif est maintenant de créer une base solide, maîtriser les fondamentaux, pour pouvoir, demain, expérimenter d’autres formes de vinification avec liberté et justesse. Cette vision à long terme explique aussi l’expansion internationale, rapide, maîtrisée de la bodega, aujourd’hui présente dans plus de douze pays, de l’Europe aux Émirats Arabes Unis. Ce rayonnement n’est pas le fruit d’une stratégie opportuniste, mais la conséquence naturelle d’un projet sincère, cohérent et profondément incarné. 


Des vins ancrés dans leurs terroirs 


GENZEL, travaille beaucoup avec l’instinct, cela représente un risque non négligeable mais qui apporte une certaine adrénaline. Il va à contre-courant des grands renoms, pour lui pas de double vendange, une seule suffit. Pour l’instant aucune ne s’est perdue ! Certains diront « chance » lui dira

« Force de la Terre-Mère ». 

Je suis immergé dans ce domaine qui se trouve dans le sud de Mendoza, mais qui nous fait sentir complètement à part, simplement nous-même. Nous voilà sur la terrasse panoramique de la bodega afin de déguster sa lignée, accompagnée d’une vue imprenable sur la Cordillère de Andes, d’un air sec, d’une ambiance chaleureuse et conviviale, rien de mieux pour déguster du bon vin !  

Le Rosé de Syrah, primé à l’international, surprend par sa densité et sa tenue. Ici, pas de rosé anecdotique ou purement estival. Une couleur de saumon pâle. La bouche est construite avec des notes longues. C’est une explosion de saveurs d’été, entre fraises sauvages, pastèque, pétales de roses. Une fraicheur rare, gustativement et visuellement, je suis ravi, on est entièrement immergé dans les arômes de ce rosé. Un passage en barrique de chêne français durant 9 mois afin de lui converger des arômes subtils de vanille et d’amande mais surtout pour sa structure. Un rosé de table, gastronomique, qui bouscule les codes et affirme une vision. C’est réellement un pur plaisir que de déguster ce rosé en admirant les vignes et en font la Cordillères des Andes enneigée. 

À Cafayate, à plus de 1 700 mètres d’altitude dans le nord de l’Argentine dans la région de Salta, le Torrontés révèle une autre facette de l’Argentine. Florale, lumineuse, presque méditative, la cuvée joue sur l’équilibre entre intensité aromatique et fraîcheur. Les nuits froides, l’altitude extrême et les sols pauvres donnent un vin d’une grande pureté, précis, sans lourdeur. Le fruit tend à une évolution subtile mais acharné et encré au sol afin de survire aux extrêmes changements des températures. Une montagne russe, en journée un ensoleillement très présent avec des UV fort et la nuit extrêmement froide, font que la peau des raisins soit très charnue. « Creado por Amor » le fameux Sunflower résulte une fraicheur fine, notes de poire, pommes, fleurs blanches, un nez très frais. Vous êtes bercé par ses arômes tel un bouquet de fleur, le jasmin ressort en premier, qu’une envie, trinquer ! 

Ce qui est intéressant est simplement de déconstruire nos idéaux. Nous sommes dans une bodega, visite privée avec la révélation 2021 de Tim Atkin qui vous fait sentir comme un ami, une proximité qui peut surprendre mais qui vous rend unique. Vous déguster des vins exceptionnels, une vue à couper le souffle, une atmosphère qui vous donnes des frissons et cela accompagné de crackers. Nul ne sert d’avoir une tablée pour apprécier le vin mais simplement une relation atypique dans un lieux différents qui vous fait sentir unique. 


La volonté de construire un nom, pas un produit 


Un verre de « Reserva Blend » malbec, cabernet franc et petit verdot vous accompagne pour comprendre l’apogée de son parcours. Plus qu’une rencontre, un apprentissage. Un nez complexe, des notes de cuir, vanille, fruits noirs, une couleur rouge profonde, violacé ; vous êtes entièrement envouté.  

 À 19 ans, beaucoup lui disent que ce monde n’est pas pour lui. « Va voir ailleurs. » 
Mais Mariano persévère. Parce qu’il ne fait pas le projet de quelqu’un d’autre mais bien le sien. 

«Es mi sueño. No estoy cumpliendo el sueño de nadie más.» 

Dans un monde dominé par l’instantanéité, les réseaux sociaux et la quête du résultat rapide, Mariano revendique un autre tempo. « Paciencia. » La patience comme discipline, comme résistance. La croissance arrive parfois brutalement, avec son lot de pression. Il faut savoir exactement ce que l’on veut pour ne pas se perdre.  Le nom La Inconsciencia de Mis Pasos n’est ni marketing, ni provocation. Il est né autour d’une partie d’échecs, conversant avec son père, d’une réflexion sur l’inconscient, sur cette force invisible qui guide nos choix. Mariano parle souvent de neurosciences : l’être humain n’a que 5 % de conscience, contre 95 % d’inconscient. Ce qui nous pousse à avancer vient souvent de là dit Mariano

Aujourd’hui, la bodega exporte dans plus de douze pays. Parce que les vins racontent quelque chose de vrai. L’essence même d’un projet, ne jamais se perdre et décider d’avancer avec la même volonté que lorsqu’il a débuté. La « patience » comme discipline. Mariano représente la PASSION qui aujourd’hui se fait de plus en plus rare, également ce bonheur qu’il a pour ses barriques qui lui permettent de faire de son rêve une réalité. 


L’inconscient comme moteur 


Mariano GENZEL ne cherche pas à aller vite. Il cherche à aller loin. À travers La Inconsciencia de Mis Pasos, il ne produit pas seulement des vins. Il construit une signature, une trajectoire, une identité. Une œuvre en mouvement, encore jeune, mais d’une maturité rare. Dans un paysage viticole argentin en pleine mutation, son travail résonne comme une voix singulière, à la fois enracinée et contemporaine, instinctive et rigoureuse. Une source d’inspiration qui, aujourd’hui, semble presque incompréhensible à la jeunesse. Rush, manque de volonté, d’inspiration, d’aventure, mais surtout de passion qui n’est plus un leit motiv. Mariano casse tous les codes de la jeunesse actuelle en montrant qu’avec volonté, passion féroce, et une appétence immense pour le goût du risque tout peut arriver. L’apprentissage n’est qu’un moyen d’accéder à certaines sphères mais la passion vous emmène là ou vous souhaitez, Mariano « Crée par amour ». 

Mendoza n’a pas encore livré toutes ses histoires. Derrière ces paysages immenses se cachent d’autres lieux, d’autres visions, d’autres manières d’interpréter le vin et l’hospitalité. Une lecture du luxe, du silence et du temps dans cette même région arrive prochainement.  


Merci à Mariano GENZEL, un exemple et une volonté qui supasse le conscient ! 

À suivre. 

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